"LA CULTURE EN PARTAGE" avec
Frédéric MORIN architecte-conférencier

Histoires d'Architectures bioclimatiques

Les jardin et palais Dolat Abad à Yazd vers 1750 par le régent Karim Khan Zand (1760-1779)
L'adaptation de l'architecture traditionnelle en Iran au climat désertique : une belle exploitation des maigres ressources en eau combinée à des espaces de vie ingénieusement conçus
Une belle architecture bioclimatique avant la lettre

Voici une partie du diaporama proposé par Frédéric Morin, architecte-conférencier, pour préparer l'adaptation de nos habitats face au réchauffement climatique, par des espaces adaptés et un intelligent usage de l'eau pour la capter, la conserver et l'utiliser plusieurs fois à plusieurs usages différents.

Ces architectures traditionnelles peuvent inspirer nos choix face aux enjeux climatiques qui vont marquer les décennies à venir. Avec des températures de plus en plus élevées et un climat globalement plus continental, comment assurer le confort tout en diminuant le coût énergétique d'exploitation des espaces de la vie des humains toujours plus nombreux ?

conférence de Frédéric Morin sur l'architecture traditionnelle bioclimatique dans les zones désertiques
  l'adaptation aux changements climatiques : les solutions traditionnelles en Iran

Dans ces régions, le rapport entre l'intérieur et l'extérieur des constructions est modelé par l'exceptionnelle dureté des condidions climatiques, sur les plateaux d'altitude généralement supérieure à 1.000 mètres. À Yazd au centre de l'Iran, (à 1.216m d'altitude, amplitude thermique de -16° à +45°C) la moyenne des températures hautes dépasse 30°C pendant 5 mois de mai à septembre, alors que la moyenne des températures basse descend sous 5°C durant 4 mois de novembre à février, dont 2 mois sous zéro. La pluviométrie annuelle ne parvient pas à atteindre 5 cm ! (par comparaison, cette pluviométrie est supérieure à 76cm à Nîmes où il fait aussi chaud en été mais moins froid en hiver).
Il faut donc retenir la rare eau superficielle et capter l'eau souterraine, la conserver depuis la saison hivernale (où l'altitude fait qu'elle tombe sous forme de neige) jusqu'au milieu de l'automne suivant, l'acheminer pour la distribuer et l'utiliser plusieurs fois, en répartissant les usages entre l'irrigation des cultures, la boisson des hommes et des bêtes, l'énergie du travail des moulins (farine, textile...), le rafraîchissement des espaces de vie, maisons, jardins et hammams.
En effet, il n'y a pour ainsi dire pas d'eau en surface pour abreuver le bétail ; l'agriculture est subordonnée à l'irrigation et à l'amendement des sols puisque la vie animale est insuffisante pour les fertiliser naturellement. Si l'on considère que les constructions humaines, l'architecture, constituent un vêtement complémentaire externe dans lequel nous pouvons bouger --le chauffage nous permet de traverser l'hiver en débardeur et la climatisation de conserver notre complet-veston en plein été-- alors dans ces régions désertiques l'architecture règle non seulement le rapport entre l'intérieur et l'extérieur mais aussi celui entre dessus le sol et dessous le sol, entre « en surface » et « sous-terre ».

conférence sur l'architecture traditionnelle bioclimatique dans les zones désertiques

Au cours des siècles, d'ingénieux dispositifs techniques et des espaces particuliers ont été développés et permettent de vivre (frugalement) dans des régions particulièrement inhospitalières suivant nos critères européens. Les qanats (foggaras au Maghreb = systèmes de puits et tunnels souterrains) captent l'eau des nappes phréatiques pour la conduire, à l'abri de l'évaporation, là où elle est vitale. Toutes ces architectures traditionnelles ont des espaces souterrains, les sirdab arabes ou sardab iraniens. L'évaporation de l'eau en profondeur y est en Iran accélérée par des tours à vent (badghirs) pour renouveler l'air en profondeur en apportant un air sec qui peut se rafraîchir en absorbant l'humidité souterraine et corrélativement des calories.
De grosses citernes de stockage d'eau (ab-anbar) sont également creusées dans la terre ; un dôme les protège du soleil et leur eau est maintenue froide par évaporation contrôlée grâce aux baghirs, les tours à vent. De plus, de la glace est fabriquée en hiver dans des yakhtchals (nom aujourd'hui donné aux réfrigérateurs), qui permettent de stocker de l'eau solide qui ne fondra qu'à la fin de l'été et assurera la soudure avec les premières neiges hivernales.
Nous allons voir ensemble comment, avec des matériaux limités à la brique, l'adobe et aussi peu de bois que possible, la tradition a mis au point des espaces et des techniques ingénieux, très simples et durables, pour vivre dans des conditions climatiques extrêmes.

Yazd Dolat Abad palace under snow

La pierre est chère ; la construction traditionnelle lui préfère la brique cuite ou même crue, stabilisée sous la forme d'adobe. La brique permet de couvrir des pièces avec des voûtes et des coupoles que l'on sait construire sans coffrage de bois, donc la ressource est rare dans les régions désertiques. L'invention la plus remarquable est certainement celle des « tours attrape-vents » (wind-catchers) appelés baghirs ou badghirs ou bagirs qui ont fait la célébrité de Yazd. Ces tours permettent de faire circuler l'air dans les profondeurs des salles souterraines et d'y assurer une climatisation naturelle par l'évaporation de l'eau d'un bassin souterrain : l'évaporation d'un liquide absorbe des calories et ainsi « produit du froid ».
Le sardab est donc souvent associé à une tour attrape-vent baghir et si possible à un qanat pour assurer une climatisation écologique traditionnelle efficace tant en été qu'en hiver.


Yazd - jardin et palais Dolat Abad vers 1750 par le régent Karim Khan Zand (1760-1779)
avec sardab et Badghir la plus haute tour à vent d'Iran :

architecture bioclimatique : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 : vue générale depuis les jardin et bassin

architecture bioclimatique : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 : vue rapprochée du palais avec sa tour attrape-vents

architecture bioclimatique : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 : vue rapprochée du palais avec sa tour attrape-vents

Yazd climate data

architecture bioclimatique : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 : plans et sections

Le dispositif de la tour à vent (hauteur 54m) forçant la circulation d'air dans le bâtiment par pression/dépression forcée naturelle, et rafraîchissement par les jets d'eau alimentés par l'effet gravitaire d'une arrivée en hauteur :


architecture bioclimatique : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 la tour à vent (hauteur > 50m) assurant 
  la circulation d'air dans le batiment par dépression forcee

La salle sous la tour à vent est comparable à un sardab même si elle n'est pas vraiment enterrée mais enchâssée dans le bloc de maçonnerie qui supporte la tour :


architecture bioclimatique = fluidité des espaces entre dedans et dehors : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 : la pièce sous la tour à vent (hauteur > 50m) assurant 
  la circulation d'air dans le batiment par dépression forcee

La vue en contre-plongée sous la tour à vent révèle sa partition intérieure en 8 quartiers correspondant à sa section extérieure octogonale :


architecture bioclimatique : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 : la base de la tour à vent (hauteur > 50m) assurant 
  la circulation d'air dans le batiment par dépression forcee

architecture bioclimatique : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 la base de la tour à vent (hauteur > 50m) assurant 
  la circulation d'air dans le batiment par dépression forcee

Voici les principes de fonctionnement des tours attrape-vents appelées baghirs ou badghirs en association avec un « qanat », traditionnelle galerie souterraine d'adduction d'eau.
Par rapport au vent, la tour a toujours une face en supression et une face en dépression. Le découpage en quartiers de la section de la tour permet de faire descendre de l'air côté surpression et remonter un autre air côté dépression.
Lorsque le système est associé à un canal d'eau souterraine « qanat », l'air extrait par la tour-à-vent est remplacé par de l'air qui a parcouru une partie du « qanat » et a été rafraîchi (et humidifié) par l'évaporation de l'eau. La circulation de l'air dans la maison est forcée par la tour aspirante et la zone en sous-sol est ainsi rafraîchie et ventilée sans dépense d'énergie de fonctionnement autre que celle de manipuler intelligemment les éventuels clapets :


architecture bioclimatique = fluidité des espaces entre dedans et dehors : Yazd – Tours-attrape-vents : principes de fonctionnement en association avec un <i>« qanat »</i> 
  traditionnelle galerie souterraine d'aduction d'eau

Le fonctionnement thermique de la coupole centrale de réception et de séjour est complété par un jet d'eau dans le bassin central sous la coupole octogonale de brique :


architecture bioclimatique : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 : la coupole centrale de réception et de séjour

architecture bioclimatique : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 : la coupole centrale de réception et de séjour

architecture bioclimatique : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 : la coupole centrale de réception et de séjour

architecture bioclimatique : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 : l'espace central de réception et de séjour

Les parois du bassin sont translucides ; elles sont en albâtre :


architecture bioclimatique : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 : les bordures en albâtre du bassin rafraîchissant

architecture bioclimatique = fluidité des espaces entre dedans et dehors : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 : les bordures en albâtre du bassin rafraîchissant

Les salles latérales avec leur bassin et jet d'eau :


architecture bioclimatique : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 : salles latérales avec leur bassin

architecture bioclimatique = fluidité des espaces entre dedans et dehors : Yazd – Palais Dolat Abad vers 1747 : salles latérales avec leur bassin

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complété et mis à jour le 8 juillet 2020
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Payab et Sirdab ou Sardab : escaliers et salle souterraine avec bassin alimenté par un qanat
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Yakhtchal ou Yakhchal : dispositif de fabrication en hiver et de stockage en été de la glace
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SHIRAZ mausolée Saadi
Shiraz sardab public jouxtant le mausolée de Saadi
sardab public

KASHAN Fin Garden
Kashan jardin de Fin par Shah Abbas 1er (1571-1629) complété sous les Kadjars au XIXe siècle
Shah Abbas av. 1629

ISPAHAN Hast Behesht
Ispahan palais Hasht-Behesht en 1669 par Suleiman Ier (1666-1694)
Suleiman 1er 1669

KASHAN Manouchehri
Kashan maison Manouchehri vers 1736
vers 1736

YAZD Dolat Abad
Yazd jardin et palais Dolat Abad vers 1750 par le régent Karim Khan Zand (1760-1779)
Karim Khan Zand v. 1750

TABRIZ Bazaar
Tabriz Bazaar reconstruit après le tremblement de terre de 1778 sous Karim Khan Zand (1760-1779)
Karim Khan Zand 1779

SHIRAZ hammam Vakil
Shiraz Hammam Vakil sous Karim Khan Zand (1760-1779)
Karim Khan Zand av. 1779

KASHAN maison Ameriha
Kashan maison Ameriha avant 1779 par Agha Ameri, gouverneur zandide de Kashan
Agha Ameri av. 1779
KASHAN maison Abbasi
Kashan maison Abbasi vers 1794 par Agha Abbasi, riche marchand de verre
Agha Abbasi 1780-1800
KASHAN maison Tabatabaei
Kashan maison Tabatabaei construite pour Jafar Tabatabaei riche marchand par l'architecte Ustad Ali Maryam vers 1840
Ustad Ali Maryam 1840-1880
KASHAN maison Boroudjerdi
Kashan Boroudjerdi ou Borujerdi construite pour la fille de Jafar Tabatabaei mariée à Mehdi Borujerdi riche marchand de tapis par l'architecte Ustad Ali Maryam vers 1857
Ustad Ali Maryam 1857

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Kashan Bazaar Khan Timche-ye Amin od-Dowleh construit par l'architecte Ustad Ali Maryam en 1863
Ustad Ali Maryam 1863

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