"LA CULTURE EN PARTAGE" avec
Frédéric MORIN architecte-conférencier

Histoires d'Architectures bioclimatiques

L'adaptation de l'architecture traditionnelle en Iran au climat désertique : une belle exploitation des maigres ressources en eau combinée à des espaces de vie ingénieusement conçus ;
une belle architecture bioclimatique avant la lettre

Voici une partie du diaporama proposé par Frédéric Morin, architecte-conférencier, pour préparer l'adaptation de nos habitats face au réchauffement climatique, par des espaces adaptés et un intelligent usage de l'eau pour la capter, la conserver et l'utiliser plusieurs fois à plusieurs usages différents.

Ces architectures traditionnelles peuvent inspirer nos choix face aux enjeux climatiques qui vont marquer les décennies à venir. Avec des températures de plus en plus élevées et un climat globalement plus continental, comment assurer le confort tout en diminuant le coût énergétique d'exploitation des espaces de la vie des humains toujours plus nombreux ?

conférence de Frédéric Morin sur l'architecture traditionnelle bioclimatique dans les zones désertiques
  l'adaptation aux changements climatiques : les solutions traditionnelles en Iran

Dans ces régions, le rapport entre l'intérieur et l'extérieur des constructions est modelé par l'exceptionnelle dureté des condidions climatiques, sur les plateaux d'altitude généralement supérieure à 1.000 mètres. À Yazd au centre de l'Iran, (à 1.216m d'altitude, amplitude thermique des records = 61°C de -16° à +45°C) la moyenne des températures hautes dépasse 30°C pendant 5 mois de mai à septembre, alors que la moyenne des températures basse descend sous 5°C durant 4 mois de novembre à février, dont 2 mois sous zéro. La pluviométrie annuelle ne parvient pas à atteindre 5 cm ! (par comparaison, cette pluviométrie est supérieure à 76 cm à Nîmes où il fait aussi chaud en été mais moins froid en hiver).
En comparaison de la France, l'Iran est brûlé par le soleil :
Iran / France : comparaison des apports solaires annuels en kWH/m².an
En l'absence de matériaux d'isolation performants tels que ceux donc nous disposons aujourd'hui, en l'absence de technologies de rafraîchissement telles que celles de la climatisation réfrigérante que nous connaissons depuis les années 1950, a-t-on un autre choix pour survivre dans de tels climats que celui de l'intelligence bioclimatique ?
Il faut donc retenir la rare eau superficielle et capter l'eau souterraine, la conserver depuis la saison hivernale (où l'altitude fait qu'elle tombe sous forme de neige) jusqu'au milieu de l'automne suivant, l'acheminer pour la distribuer et l'utiliser plusieurs fois, en répartissant les usages entre l'irrigation des cultures, la boisson des hommes et des bêtes, l'énergie du travail des moulins (farine, textile...), le rafraîchissement des espaces de vie, maisons, jardins et hammams.
En effet, il n'y a pour ainsi dire pas d'eau en surface pour abreuver le bétail ; l'agriculture est subordonnée à l'irrigation et à l'amendement des sols puisque la vie animale est insuffisante pour les fertiliser naturellement. Si l'on considère que les constructions humaines, l'architecture, constituent un vêtement complémentaire externe dans lequel nous pouvons bouger --le chauffage nous permet de traverser l'hiver en débardeur et la climatisation de conserver notre complet-veston en plein été-- alors dans ces régions désertiques l'architecture règle non seulement le rapport entre l'intérieur et l'extérieur mais aussi celui entre dessus le sol et dessous le sol, entre « en surface » et « sous-terre ».

Yazd-Qanat-water-supply-system-section-conférence sur l'architecture traditionnelle bioclimatique dans les zones désertiques

Au cours des siècles, d'ingénieux dispositifs techniques et des espaces particuliers ont été développés et permettent de vivre (frugalement) dans des régions particulièrement inhospitalières suivant nos critères européens. Les qanats (foggaras au Maghreb = systèmes de puits et tunnels souterrains) captent l'eau des nappes phréatiques pour la conduire, à l'abri de l'évaporation, là où elle est vitale. Toutes ces architectures traditionnelles ont des espaces souterrains, les sirdab arabes ou sardab iraniens. L'évaporation de l'eau en profondeur y est en Iran accélérée par des tours à vent (badghirs) pour renouveler l'air en profondeur en apportant un air sec qui peut se rafraîchir en absorbant l'humidité souterraine et corrélativement des calories.
De grosses citernes de stockage d'eau (ab-anbar) sont également creusées dans la terre ; un dôme les protège du soleil et leur eau est maintenue froide par évaporation contrôlée grâce aux baghirs, les tours à vent. De plus, de la glace est fabriquée en hiver dans des yakhtchals (nom aujourd'hui donné aux réfrigérateurs), qui permettent de stocker de l'eau solide qui ne fondra qu'à la fin de l'été et assurera la soudure avec les premières neiges hivernales.
Nous allons voir ensemble comment, avec des matériaux limités à la brique ou l'adobe et aussi peu de bois que possible, la tradition a mis au point des espaces et des techniques ingénieux, très simples et durables, pour vivre dans des conditions climatiques extrêmes.

Ispahan Hasht Behesht Palace under snow

Nous commencerons par la remarquable maison Manouchehri à Kashan (1736) dont la restauration a été couronnée par le Aga Khan Award for Architecture en 2016, en introduction en bas de page. Puis nous parcourerons ensemble les présentations des ressources vivrières que sont l'élevage et l'agriculture à comparer aux données climatiques des principales villes citées. Nous poursuivrons par les outils et techniques d'utilisation de l'eau, avant de visiter les réalisations les plus marquantes depuis celles safavides d'Ispahan au XVIIe siècle jusqu'à la fin du XIXe siècle sous les Kadjars.

La pierre est chère ; la construction traditionnelle lui préfère la brique cuite ou même crue, stabilisée sous la forme d'adobe. La brique permet de couvrir des pièces avec des voûtes et des coupoles que l'on sait construire sans coffrage de bois, donc la ressource est rare dans les régions désertiques. L'invention la plus remarquable est certainement celle des « tours attrape-vents » (wind-catchers) appelés baghirs ou badghirs ou bagirs qui ont fait la célébrité de Yazd. Ces tours permettent de faire circuler l'air dans les profondeurs des salles souterraines et d'y assurer une climatisation naturelle par l'évaporation de l'eau d'un bassin souterrain : l'évaporation d'un liquide absorbe des calories et ainsi « produit du froid ».
Le sardab est donc associé à une tour attrape-vent baghir et si possible à un qanat pour assurer une climatisation écologique traditionnelle efficace tant en été qu'en hiver. Le palais de Dolat Abad à Yazd (vers 1750), dont la tour dépasse 50m, offre certainement l'exemple le plus abouti de ces réalisations écologiques avant l'heure.


l'architecture traditionnelle bioclimatique dans les zones désertiques et l'adaptation aux changements climatiques : les solutions traditionnelles en Iran :


ELEVAGE traditionnel
Ispahan pigeonniers pigeon-towers
ressources vivrières
CULTURES traditionnelles
cultures de rapport en Iran : roses, pistache, safran
ressources économiques
CLIMAT en IRAN
statistiques climat Firouzabad Ispahan Kashan Kerman Mashad Shiraz Tabriz Yazd
données comparatives

Shaduf ou Shadouf
Shaduf ou Shadouf puisage de l'eau au Proche-Orient
puisage de l'eau en Orient
Araghatta ou Roue persane
Roue persane, Araghatta, Sakia (iranian-wheel) : roue à godets de puisage de l'eau au Moyen-Orient
puisage de l'eau en Orient
Baoli ou steepwell
Baori, Baoli, Ki-Vav : puits à escalier (steepwell) aux Indes
puisage de l'eau en Orient

QANAT ou QUARIZ
Qanat, Kariz ou Foggara au Maghreb : tunnel de captage des eaux souterraines
captage + transport de l'eau
AB-ANBAR + BADGHIR
Ab-Anbar : réservoir souterrain d'eau rafraîchie par des tours attrape-vent = Badghirs ou Bagirs (wind-catchers)
stockage eau rafraîchie
PAYAB et SARDAB
Payab et Sirdab ou Sardab : escaliers et salle souterraine avec bassin alimenté par un qanat
salle de séjour souterrain

MOULINS à FARINE
moulins hydrauliques souterrains alimentés par qanat
énergie de l'eau
YAKHTCHAL
Yakhtchal ou Yakhchal : dispositif de fabrication en hiver et de stockage en été de la glace
glacière / conservation
SHIRAZ mausolée Saadi
Shiraz sardab public jouxtant le mausolée de Saadi
sardab public

KASHAN Fin Garden
Kashan jardin de Fin par Shah Abbas 1er (1571-1629) complété sous les Kadjars au XIXe siècle
Shah Abbas av. 1629
ISPAHAN Hast Behesht
Ispahan palais Hasht-Behesht en 1669 par Suleiman Ier (1666-1694)
Suleiman 1er 1669
KASHAN Manouchehri
Kashan maison Manouchehri vers 1736
vers 1736

YAZD Dolat Abad
Yazd jardin et palais Dolat Abad vers 1750 par le régent Karim Khan Zand (1760-1779)
Karim Khan Zand v. 1750
TABRIZ Bazaar
Tabriz Bazaar reconstruit après le tremblement de terre de 1778 sous Karim Khan Zand (1760-1779)
Karim Khan Zand 1779
SHIRAZ hammam Vakil
Shiraz Hammam Vakil sous Karim Khan Zand (1760-1779)
Karim Khan Zand av. 1779

KASHAN maison Ameriha
Kashan maison Ameriha avant 1779 par Agha Ameri, gouverneur zandide de Kashan
Agha Ameri av. 1779
KASHAN maison Abbasi
Kashan maison Abbasi vers 1794 par Agha Abbasi, riche marchand de verre
Agha Abbasi 1780-1800
KASHAN maison Tabatabaei
Kashan maison Tabatabaei construite pour Jafar Tabatabaei riche marchand par l'architecte Ustad Ali Maryam vers 1840
Ustad Ali Maryam 1840-1880

KASHAN maison Boroudjerdi
Kashan Boroudjerdi ou Borujerdi construite pour la fille de Jafar Tabatabaei mariée à Mehdi Borujerdi riche marchand de tapis par l'architecte Ustad Ali Maryam vers 1857
Ustad Ali Maryam 1857
KASHAN Bazaar
Kashan Bazaar Khan Timche-ye Amin od-Dowleh construit par l'architecte Ustad Ali Maryam en 1863
Ustad Ali Maryam 1863
KERMAN Mahan Shazdeh
Kerman Mahan jardin Shazded v. 1870 sous Abdolhamid Mirza Naserodolleh (1848-1896)
Nassereddine Chah v. 1870


INTRODUCTION :

Les maisons traditionnelles orientales n'ont pas de façade extérieure mais des façades intérieures.
Elles sont organisées autour d'une, ou mieux plusieurs, cours centrales et les pièces de la maison ouvrent sur l'une de ces cours ou sur un patio. Ces cours n'ont bien évidemment pas toutes le même statut. Certaines sont réservées aux femmes, accessibles à la famille et au personnel de maison : elle portent le nom d'andarouni = intérieur.
D'autres constituent le birouni, littéralement l'extérieur, qui accueille les invités qui ont attendu dans un vestibule dont l'accès est toujours coudé pour interdire les vues sur l'intérieur. Lorsque le propriétaire est assez riche, cette partition genrée génère deux cours, l'une extérieure = "publique" au sens où les hommes invités peuvent pénêtrer et l'autre intérieure = famililale dans laquelle les hommes autres que ceux de la famille ne peuvent pénêtrer :
bioclimatique fluidité des espaces : plan schématique d'une maison traditionnelle en Iran
En plus de cette partition genrée et sociale, les espaces d'habitation sont dupliqués entre des parties utilisées l'été et d'autres préférées l'hiver : on change de lieu en fonction des saisons et de la météo du moment. Une migration saisonnière dans la maison, en quelque sorte... entre idéalement quatre cours !

Les parties estivales occupent les parties sud des cours, qui sont les zones les plus ombragées. Leurs pièces sont plus hautes de plafond pour augmenter le gradian thermique (= la différence de température entre le sol et le plafond d'une même pièce). Très souvent, un bassin intérieur agrémente ces lieux de séjour estivaux. Ils sont complétés en sous-sol par une pièce souterraine appelée sardab qui offre le confort d'un séjour en profondeur (10 mètres ne sont pas rares), où la température de la terre varie peu, entre 10° et 18°C selon la profondeur, ce qui peut être agréable en été comme en hiver. Les sardab peuvent donc être ouverts sur le soleil d'hiver ou sur l'ombre d'été.

L'aération de ces pièces souterraines est assuré par un ou mieux deux baghirs, ces tours attrape-vents qui organisent le renouvellement et la circulation de l'air entre un côté en surpression et l'autre côté en dépression. Le rafraîchissement de cet air peut être amélioré en lui faisant absorber des calorie par l'évaporation d'un jet d'eau dans un bassin intérieur, ou une arrivée d'air associée à un qanat, une canalisation souterraine d'eau.

Les parties hivernales utilisent les parties nord et est des cours, pour bénéficier de l'ensoleillement en s'ouvrant au Sud et à l'Ouest par des portes menuisées éventuellement ornées de vitraux vivement colorés. Les espaces semblent plus confinées pour conserver la chaleur apportée par un brazerro mobile, par exemple.
La literie est également très mobile. On a l'habitude de dormir sur les toits et leurs terrases, ou bien sur des banquettes de bois installées au-dessus des bassins.

Le gradian thermique est également pris en compte avec intelligence dans la composition des cours.
Lorsque celles-ci sont allongées sur un axe est-ouest, alors la zone sud, ombragée en hiver s'étend presque au pied de la façade nord ensoleillée et la zone de confort hivernal n'est pas très grande. De plus, la proximité des deux zones nord et sud et le rapport des surfaces ombre/soleil fait que l'ensemble de la cour est froid en hiver. En été, la partie ensoleillée au Nord est sur-chauffée par l'importante longueur de la façade qui reçoit le soleil toute la journée, et réverbère le soir et la nuit la chaleur emmagasinée. Pour l'été, il faut mettre cette façade sud (au Nord de la cour) à l'ombre d'une treille, d'une vigne vierge ou d'une pergola pour conserver un peu de confort. Le seul exemple de maison présentant cette disposition allongée est-ouest est la Maison Tabatabaei construite par l'architecte Ustad Ali Maryam autour de 1840 ; sa construction suivante pour la fille Tabatabai, la Maison Borujerdi, a une seule cour allongée nord-sud.
Au contraire, dans une cour allongée nord-sud, les deux parties nord et sud sont éloignées l'une de l'autre. Cet éloignement supprime les éventuelles interférences ou altérations des qualités recherchées pour l'une et l'autre orientations. C'est la solution qui prévaut généralement, et que Ustad Ali Maryam finit par adopter après une expérimentation différente.
.
La maison Manouchehri à Kashan a été construite dès l'époque safavide aux XVIe et XVIIe siècles en même temps que le Jardin Fin, mais elle a été partiellement détruite par le tremblement de terre de 1778.
Elle a été reconstruite durant la période kadjar à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles, mais a fini par tomber en ruines. La perte de sa valeur a permis sa restauration en 2008-2010 par les architectes Akbar Helli et Shahnaz Nader, restauration valorisée par une nomination au Aga Khan Award for Architecture en 2016. C'est la raison pour laquelles les documents graphiques, plans et coupes, sont disponibles...


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736

La maison a été transformée en un hôtel complété d'activités de présentation des Arts et Traditions Populaires orienté vers les activités du textile qui faisaient autrefois la célébrité et la richesse de la ville de Kashan et de ses habitants : les Manouchehri comptaient parmi ces riches négociants.
La maison ne comporte qu'une seule cour aménagée d'un bassin central longitudinal (bordé par deux banquettes d'arbres), cour sur laquelle s'ouvrent les espaces d'été au Sud et d'hiver au Nord. Cette vue nocturne du Sud de la cour permet de voir les intérieurs (invisibles de jour) et de constater que la maison dispose d'importants développements en sous-sol :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736

Les données climatiques de Kashan expliquent ces développements en sous-sol. L'amplitude thermique des records est de 70°C, de -23°C en hiver jusqu'à 47°C en été alors que la température moyenne du sous-sol varie peu, entre +10°C et +18°C suivant les profondeurs. On peut donc considérer qu'en hiver la terre est toujours plus chaude et confortable que l'air, et qu'en été la terre est toujours plus fraîche et confortable que l'air.
L'examen des moyennes mensuelles hautes et basses confirme ce diagnostic. La moyenne mensuelle des maximales dépasse 35°C durant 4 mois de l'année, et celle des minimales reste sous 5°C durant 4 autres mois :


Kashan données climatiques / climate data

En l'absence de matériaux d'isolation performants tels que ceux donc nous disposons aujourd'hui, en l'absence de technologies de rafraîchissement telles que celles de la climatisation réfrigérante que nous connaissons depuis les années 1950, a-t-on un autre choix pour survivre dans de tels climats que celui de l'intelligence bioclimatique ?

On entre dans la maison Manouchehri par le Sud comme par le Nord, via deux corridors et espaces-tampon : on ne débouche pas immédiatement sur la cour ni dans les quartiers privés. Le plan exprime, par la simple répartition des espaces autour de la cour, l'attention apporté à la gestion du confort. La partie plus chaude, préférée en hiver, est moins importante au Nord de la cour que celle plus fraîche, préférée en été, qui se développe davantage au Sud de la cour, en s'ouvrant sur celle-ci par un iwan, un porche dans lequel le soleil ne pénêtre pour ainsi dire jamais :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736, plan du rez-de-chaussée = niveau principal

Le plan de l'étage montre que beaucoup de pièces sont à double-hauteur. Les terrasses supérieures sont traditionnellement utilisée pour y dormir en été, alors que deux chambres sont ménagées de part et d'autre de l'iwan sud comme en écho aux deux chambres de part et d'autre de la pièce d'hiver :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736, plan de l'étage

La coupe ouest-est regarde vers le Nord et montre la façade de la zone d'hiver :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736, section ouest-est

La façade de la zone d'hiver est bien ensoleillée :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736, façade de la zone d'hiver bien ensoleillée

La section nord-sud montre l'importance de la zone estivale au Sud par rapport à la zone hivernale ensoleillée au Nord. Cette dernière est implantée en hauteur par rapport à la cour ; elle est précédée d'une terrasse surélevée qui permet de se tenir dehors l'hiver sans se glacer les pieds. Dans sa salle de réception s'ouvre un sardab peu profond qui peut recevoir le soleil de midi en hiver et améliorer le confort apporté par la chaleur de la terre.
Au contraire, la partie sud est plus profondément enterrée, à 10m, et offre de grands volumes souterrains qui ne sont fermés depuis la cour que par des claustras ou moucharabieh. L'aération de ce sardab est assuré par une tour attrape-vents, un bagir ou badghir qui fonctionne en permanence. Un iwan complète les espaces de réception à l'étage principal ; il permet à l'air chaud de s'accumuler en hauteur pour s'échapper par thermo-siphon naturel. Ce même principe joue avec la tour à vent, dont une face est toujours chauffée par le soleil, ce qui fait monter la colonne d'air intérieure et crée une dépression en partie base qui aspire l'air humidifié du bassin dans le sardab.
Voilà comment on organise la climatisation naturelle :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736, section nord-sud

Le plan des parties souterraines montre que chaque pièce principale donne accès à un sardab. Celui-ci est plus développé au Sud dans la partie confortable et ombragée en été ; son efficacité est complétée par une tour à vent bagir qui n'est pas dessiné :


Kashan maison Manouchehri vers 1736, plan des parties souterraines

Le principe de fonctionnement du sardab associé à une tour attrape-vent bagir et à un qanat pour assurer une climatisation écologique traditionnelle efficace tant en été qu'en hiver. Notez que l'efficacité du dispositif ne dépend pas des formes de l'architecture mais de la disposition des espaces et de l'ingéniosité des équipements :


bioclimatique fluidité des espaces : Iran : principe de fonctionnement du sardab associé à une tour attrape-vent et à un qanat pour assurer une climatisation écologique traditionnelle

Les toits de la maison Manouchehri sont protégés par un carrelage de terre cuite qui couvre les coupoles et les lanternons. Notez le chanfrein aménagé au sommet des badghirs qui met en valeur le couronnement en encorbellement :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : les tours-attrape-vents sur les toits

La cour de la maison Manouchehri au début des travaux de réhabilitation en 2008 :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736

La cour de la maison Manouchehri en 2010 à l'issue des travaux de réhabilitation conduits par les architectes Akbar Helli et Shahnaz Nader :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736

L'iwan sud s'ouvre vers le Nord ; sa terrasse à double hauteur est toujours ombragée :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : façade extérieure de l'iwan sud

Au fond de l'iwan sud se trouve la pièce de réception d'été, tout naturellement à double hauteur :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : façade intérieure de l'iwan sud

La pièce de réception d'été est entourée d'une galerie, à double hauteur :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736

bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736

bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736

Les intérieurs des pièces de réception d'été, à double hauteur, sont de nuit visibles depuis la cour, ainsi que leurs sardab respectifs qui s'ouvrent également sur la cour en-dessous des terrasses :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : la cour de nuit

bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : l'ouverture du sardab sous la terrasse de l'iwan

Un exemple de sardab dans d'autres maisons de Kashan, les maisons Tabatabaï et Ameriha :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Tabatabaï sardab

bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Ameriha sardab ensoleillé l'hiver vers midi

bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Tabatabaï sardab

Façade de la salle de réception latérale à sept portes et fenêtres et accès à son sardab souterrain :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : de nuit, les sept portes et fenêtres de la facade de la salle de réception latérale

Façade intérieure et espaces intérieurs illuminées l'après-midi de la salle de réception latérale, dont le sardab en sous-sol est ventilé par deux bagirs, l'un en dépression aspirant l'air apporté par l'autre en surpression :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : les sept portes et fenêtres de la facade intérieure de la salle de réception latérale

bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : salle de réception latérale

bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : salle de réception latérale

Six des 28 jours où il pleut à Kashan sont des jours de neige : en comparaison de l'Europe, il neige presque plus souvent en Iran qu'il n'y pleut. Voilà un paradoxe illustrant la rigueur du climat en Iran :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : courtyard under snow

bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : la cour de jour

Une des chambres de l'hôtel :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : une des chambres à coucher de l'hôtel

bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : le balcon de l'une des chambres à coucher de l'hôtel

bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : vue depuis l'une des chambres à coucher de l'hôtel

L'une des pièces de réception traditionnelle qa'a (en arabe Maharib = triconque) a été transformée en grande chambre :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 : l'une des pièces de réception traditionnelle <i>qa'a</i> (en arabe = triconque) a été transformée en grande chambre

Présentation de métiers à tisser traditionnels de Kashan :


bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 présentation de métiers à tisser traditionnels de Kashan

bioclimatique fluidité des espaces : Kashan maison Manouchehri vers 1736 présentation de métiers à tisser traditionnels de Kashan
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complété et mis à jour le 8 juillet 2020
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ressources économiques

CLIMAT en IRAN
statistiques climat Firouzabad Ispahan Kashan Kerman Mashad Shiraz Tabriz Yazd
données comparatives

Shaduf ou Shadouf
Shaduf ou Shadouf puisage de l'eau au Proche-Orient
puisage de l'eau en Orient

Araghatta ou Roue persane
Roue persane, Araghatta, Sakia : roue à godets de puisage de l'eau au Moyen-Orient
puisage de l'eau en Orient

Baoli ou Steepwell
Baori, Baoli, Ki-Vav : puits à escalier (steepwell) aux Indes
puisage de l'eau en Orient

QANAT ou QUARIZ
Qanat, Kariz ou Foggara au Maghreb : tunnel de captage des eaux souterraines
captage + transport de l'eau

AB-ANBAR + BADGHIR
Ab-Anbar : réservoir souterrain d'eau rafraîchie par des tours attrape-vent = Badghirs ou Bagirs (wind-catchers)
stockage d'eau rafraîchie

PAYAB et SARDAB
Payab et Sirdab ou Sardab : escaliers et salle souterraine avec bassin alimenté par un qanat
salle de séjour souterrain

MOULINS à FARINE
moulins hydrauliques souterrains alimentés par qanat
énergie de l'eau

YAKHTCHAL
Yakhtchal ou Yakhchal : dispositif de fabrication en hiver et de stockage en été de la glace
glacière / conservation

SHIRAZ mausolée Saadi
Shiraz sardab public jouxtant le mausolée de Saadi
sardab public

KASHAN Fin Garden
Kashan jardin de Fin par Shah Abbas 1er (1571-1629) complété sous les Kadjars au XIXe siècle
Shah Abbas av. 1629

ISPAHAN Hast Behesht
Ispahan palais Hasht-Behesht en 1669 par Suleiman Ier (1666-1694)
Suleiman 1er 1669

KASHAN Manouchehri
Kashan maison Manouchehri vers 1736
vers 1736

YAZD Dolat Abad
Yazd jardin et palais Dolat Abad vers 1750 par le régent Karim Khan Zand (1760-1779)
Karim Khan Zand v. 1750

TABRIZ Bazaar
Tabriz Bazaar reconstruit après le tremblement de terre de 1778 sous Karim Khan Zand (1760-1779)
Karim Khan Zand 1779

SHIRAZ hammam Vakil
Shiraz Hammam Vakil sous Karim Khan Zand (1760-1779)
Karim Khan Zand av. 1779

KASHAN maison Ameriha
Kashan maison Ameriha avant 1779 par Agha Ameri, gouverneur zandide de Kashan
Agha Ameri av. 1779
KASHAN maison Abbasi
Kashan maison Abbasi vers 1794 par Agha Abbasi, riche marchand de verre
Agha Abbasi 1780-1800
KASHAN maison Tabatabaei
Kashan maison Tabatabaei construite pour Jafar Tabatabaei riche marchand par l'architecte Ustad Ali Maryam vers 1840
Ustad Ali Maryam 1840-1880
KASHAN maison Boroudjerdi
Kashan Boroudjerdi ou Borujerdi construite pour la fille de Jafar Tabatabaei mariée à Mehdi Borujerdi riche marchand de tapis par l'architecte Ustad Ali Maryam vers 1857
Ustad Ali Maryam 1857

KASHAN Bazaar
Kashan Bazaar Khan Timche-ye Amin od-Dowleh construit par l'architecte Ustad Ali Maryam en 1863
Ustad Ali Maryam 1863

KERMAN Mahan Shazdeh
Kerman Mahan jardin Shazded v. 1870 sous Abdolhamid Mirza Naserodolleh (1848-1896)
Nassereddine Chah v. 1870


ARCHITECTURE MODERNE
histoire de l'architecture moderne en Allemagne jusqu'en 1933 ; conference de Frederic Morin
LES APPORTS ALLEMANDS


LES PONTS histoire et techniques de construction des ponts depuis l'Antiquité romaine jusqu'à aujourd'hui ; conference de Frederic Morin
HISTOIRE & TECHNIQUES


MUSEES DU Architectures des musées du Sud-Est de la France ; conference de Frederic Morin
SUD-EST DE LA FRANCE


MATERIAUX de CONSTRUCTION
conference 2019 histoire techniques fabrication des materiaux de construction ; conference de Frédéric Morin
histoire de leur fabrication


ARCHITECTURE CHRETIENNE
conference 2019 histoire de l'architecture chrétienne le long du pelerinage de Saint-Jacques de Compostelle
sur les chemins de St-Jacques


ENTRE DEHORS ET DEDANS
LA CONCEPTION MUSULMANE DE L'ARCHITECTURE
  La notion musulmane de l’espace privilégie un espace intermédiaire
  entre les espaces intérieurs et extérieurs : « ENTRE DEDANS ET DEHORS ».
  L’aboutissement de l’art des architectes musulmans ne serait pas la conception des volumes, 
  mais résiderait plutôt dans la manière de ne pas fermer l’espace.
conception musulmane de l'espace


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